CH 23 : Système des apprentissages individuels / Individual learning system

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Ce chapitre détaille une modélisation du système des apprentissages individuels en entreprise : pôles, points d’ancrage, acteurs, champs de référence, relations entre pôles. Cette formalisation s’appuie sur la schématisation de l’apprentissage exposée précédemment dans cette partie ( CH 21 : Le triangle de l’apprentissage).

Sommaire

1. Une modélisation du système des apprentissages individuels, pourquoi ?

2. Description du modèle

3. Chaque pôle réfère à un ancrage privilégié et un champ de pratiques

4. Les liaisons entre pôles permettent au système de fonctionner

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1. Une modélisation du système des apprentissages individuels, pourquoi ?

Comme exposé dans la page d’accueil, Il nous a donc semblé important de proposer une modélisation du système interne d’apprentissage ne formalisant que les acteurs, flux d’information et lignes de force principaux pour en favoriser la lisibilité, pour servir de support d’échange entre acteurs, entre techniciens du champ et décideurs. Le modèle proposé doit rendre compte de l’ensemble des apprentissages, qu’ils soient individuels ou collectifs, formels ou informels, prescrits par le management ou autodirigés. Il s’agit d’une modélisation fonctionnelle à hauteur institutionnelle destinée aux acteurs susceptibles d’agir sur « l’économie générale » du système. La modélisation du système sous forme schématique ne doit pas laisser penser que ce système ne se réduit qu’à quelques acteurs et flux d’information. Il s’agit d’un système vivant, humain et complexe.

2. Description du modèle

Nous avons vu au chapitre 21, une modélisation de l’apprentissage à échelle individuelle, à hauteur d’apprenant. Nous faisons l’hypothèse que cette schématisation ancrée sur trois pôles peut nous servir de base pour modéliser le système d’apprentissage d’une organisation, et plus particulièrement celui d’une entreprise.

Ainsi, nous nous proposons , de représenter fonctionnellement le système des apprentissages individuels sous la forme d’un tri-pôle, chaque pôle regroupant à la fois l’ensemble des dispositions de l’organisation favorisant l’apprentissage et l’ensemble des pratiques individuelles autour d’un point d’ancrage dominant : la situation de travail pour les apprentissages opérationnels (1), le centre de formation pour les apprentissages de référence (2), et l’évaluation professionnelle pour le pôle mise en projet-reconnaissance (3).

21. Pôle  Apprentissage des savoirs opérationnels

D’après P. Carré, les contextes dans lesquels les Européens pensent avoir appris quelque chose au cours des douze derniers mois sont le domicile (69%), des rencontres informelles (63%), des activités de loisir (50%), la formation sur le tas (44%), le lieu de travail (41%), les bibliothèques ou centres culturels locaux (31%). Viennent loin derrière les sessions de formation formelle (18%), les cours ou séminaires dans une institution éducative (17%). (Carré, 2005).Longtemps laissés dans l’ombre, les apprentissages en situation sont mis en valeur du fait des mutations des organisations du travail : développement des services aux dépends de la production industrielle de masse, complexification des processus de production, développement de la notion de compétence. Dans ce contexte, les systèmes de formation institués chargés de transmettre au plus grand nombre des ensembles de savoirs formels, décontextualisés, se sont révélés inadaptés ou tout au moins insuffisants. Cependant, la formation ou plus exactement l’apprentissage en situation n’est pas, à proprement parlé, une découverte ; l’apprentissage et le tutorat sont des pratiques très anciennes, qui ont même précédé la mise en place d’institutions scolaires.

Le salarié-apprenant, s’appuyant sur ses propres ressources, son expérience,  son intuition, sur les ressources de son environnement professionnel (collègue, tuteur, …) va rechercher la solution pour résoudre le problème posé. Pour ce faire, il est amené à adapter ses représentations, ses procédures, et les modes de contrôle de sa propre activité. Il va ainsi acquérir des savoirs pratiques, des routines, mieux utiliser les outils. Les ressources à sa disposition vont l’y aider. Pour apprendre, il va également interagir avec ses collègues et ses clients, lire les résultats de son activité, porter sa propre appréciation sur leur conformité  avec le travail prescrit ou la demande des clients. Il va lire des situations dans leurs complexités, décrypter les objectifs explicites mais aussi implicites. Il va s’intégrer dans une organisation, lire ses valeurs, sa culture, ses marges de manœuvre. Ces quelques exemples montrent, s’il en était nécessaire, l’étendue des savoirs opérationnels qui peuvent être de simples adaptations en situation des savoirs acquis en formation initiale, mais surtout des savoirs que l’on ne peut acquérir qu’en situation (le management par exemple).

Dès lors, la question de la transformation de cette adaptation en apprentissage se pose. « L’acte de travail devient acte de formation lorsqu’il s’accompagne d’une activité d’analyse, d’étude ou de recherche sur lui-même ». (Barbier, 1992).Cette transformation est facilitée par la présence d’agents médiateurs qui peuvent être tuteurs, experts, responsables hiérarchiques, collègues, et qui, au-delà du conseil ponctuel et de la guidance, contribuent à la prise de conscience par l’apprenant de ses apprentissages, de leur caractère opératoire, pérenne et transférable.

Les pratiques d’apprentissage en question sont l’apprentissage sur le tas, la formation en alternance dans le cadre des dispositifs de l’apprentissage ou de la professionnalisation, les chantiers-écoles, les stages d’insertion professionnelle, mais aussi les apprentissages informels. En termes de pratiques d’ingénierie, deux pistes ont été poursuivies pour mieux investir ce champ d’action et optimiser les pratiques : l’apprentissage par simulation qui consiste à transposer la situation complexe pour servir de support pédagogique, ou le renforcement de la dimension formatrice des situations de travail qui consiste à transposer les méthodes d’ingénierie pédagogique dans le contexte du travail (voir ingénierie didactique professionnelle, Ch.11). S’il est aisé de repérer ces pratiques au sein des dispositifs de formation qualifiante, il est moins facile de repérer et de nommer l’ensemble des apprentissages en situation de travail, dans la mesure où ils sont intriqués avec le travail, quotidiens et peu suivis par l’organisation.

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A titre d’exemples

Pour remplacer un chef de projet partant en retraite au sein de la direction des systèmes d’information d’une grande entreprise, un jeune ingénieur est embauché. Il dispose d’une bonne qualification professionnelle et maitrise donc les connaissances techniques nécessaires. Mais pour être réellement efficace dans son travail, il doit s’approprier les repères qui lui permettront de savoir qui fait quoi dans l’organisation pour mener à bien ses projets, mais aussi les raccourcis les plus efficaces, les tolérances de l’organisation. Pour l’aider dans ses premiers pas, un tuteur lui est attribué.

Confronté à une panne sur sa machine, un opérateur cherche à la résoudre seul, sans faire appel au service de maintenance, par curiosité ou pour se prouver qu’il n’est pas qu’un exécutant. Il va faire des hypothèses en assimilant le fonctionnement de sa machine à d’autres fonctionnements qui lui sont familiers, puis procéder par essais-erreurs.

L’application d’une procédure formelle à un nouveau contexte opérationnel est un apprentissage qui suppose une capacité de lecture du contexte, une analyse de la procédure pour en dégager les fondamentaux des éléments plus accessoires, et une adaptation qui garantisse les résultats attendus. Ce qui est vrai pour une procédure ou un savoir-faire dans le monde industriel, l’est encore plus dans le domaine des services ou chaque client est différent.Pour s’intégrer dans une nouvelle équipe, le salarié doit observer, repérer les rituels, les traits culturels, les valeurs partagées par le collectif, tout autant de savoirs informels.

Comme J. Houssaye nous l’a montré, au sein de ce triangle pédagogique, (voir ch 11) l’équilibre entre les trois sommets est instable. Souvent la relation privilégie un axe au détriment d’un des trois acteurs. L’utilisation de son analyse nous permet de qualifier les trois types de relation :

Une relation axée  Apprenant -Situation professionnelle privilégie « l’Auto-apprentissage » dans la mesure où le médiateur est passif.

Une relation axée Apprenant – Médiateur privilégie l’intégration et la transformation identitaire. La situation de travail est l’acteur secondaire.

Une relation axée Situation de travail – Médiateur peut être qualifiée « d’Instruction », au sens « maître d’apprentissage » ou à l’extrême au sens de l’instruction militaire. L’apprenant est objet et non sujet de l’apprentissage en situation.

22. Pôle Apprentissage des savoirs de référence

Ces savoirs de référence se différencient des savoirs opérationnels par leur caractère non-contextuel, non lié à la situation professionnelle. Ils sont réputés transposables à des classes de situations réelles ou de problèmes. Ce sont des savoirs explicites au sens de Nonaka et Takeuchi (1997) ; ils ont été « externalisés » d’un ensemble de savoirs tacites, que nous avons précédemment assimilés aux savoirs opérationnels.Ces savoirs peuvent être des savoirs universels, c’est-à-dire non spécifiques à l’organisation, ou des savoirs d’entreprise. Dans ce dernier cas, ce sont des savoirs élaborés au sein de l’organisation, ou sélectionnés parmi les savoirs externes disponibles, pour constituer des références internes à des fins d’efficacité ou pour développer un avantage concurrentiel. Sont regroupés au sein de ce pôle les pratiques de formation professionnelle en stage, en centre de formation, mais aussi tous les apprentissages de savoirs formels par nouvelles technologies interposées. Ces apprentissages peuvent être dirigés par l’entreprise ou autodirigés par le salarié-apprenant. Ces savoirs de référence sont essentiellement formels (savoirs théoriques, repères communs, procédés, méthodes de travail), mais peuvent aussi être savoirs faire, des postures ou des attitudes codifiés.

L’apprentissage au sein de ce pôle résulte d’une dynamique entre les trois éléments que sont l’apprenant, le formateur qui peut être interne ou externe à l’entreprise, et les savoirs.

Pour qualifier les relations entre les acteurs, nous nous référons directement aux travaux de J. Houssaye, tout en proposant des concepts plus adaptés aux usages en entreprises et à leurs connotations (voir schéma ci-contre).

Nous qualifierons les pratiques axées Savoirs-Apprenant par le verbe « Apprendre », dans la mesure où elles correspondent le mieux à l’essence même de l’apprentissage, où l’apprenant affronte le savoir, le médiateur (ici le formateur) n’étant sollicité qu’en cas de nécessité. L’apprenant est sujet de l’apprentissage.

Pour une relation axée Formateur-Apprenant, nous préférerons qualifier la relation de « Développer » au sens de développement personnel ou de développement des savoirs-être favorisé par une relation directe entre l’apprenant et le formateur,  remplaçant ainsi le terme « Former » utilisé par J. Houssaye.

Nous utiliserons le concept « Former » (très usité en entreprises) pour caractériser une relation privilégiée entre le Formateur et le Savoir, dans la mesure où ce verbe induit l’idée d’une action de transformation d’une matière, exercée de l’extérieur (modelage, trans-formation, …), ce qui correspond bien à la configuration où l’apprenant est objet de l’apprentissage.

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Quelques exemples de pratiques

Pour améliorer l’efficacité de son service achats, la direction d’une entreprise industrielle, après avoir fait le point sur les forces et les faiblesses de cette fonction, définit des objectifs de progrès, partage avec ses acheteurs un plan d’action qui comprend, notamment, l’acquisition de nouvelles méthodes d’instruction des appels d’offre et le renforcement des compétences de négociation des acheteurs. Le plan de formation construit à cette fin comprend des options permettant aux salariés concernés de choisir entre différents séminaires, formations, e learnings.

Une entreprise industrielle, souhaitant se positionner sur des produits à plus forte valeur ajoutée et favoriser ses ressources internes, met en place un dispositif qualifiant à destination de ses opérateurs non qualifiés, sur une base volontaire. Ce dispositif de formation, permettant d’acquérir un titre interne de niveau IV, comprend des contenus externes sur les savoirs généraux et des contenus internes spécifiques à son processus de travail. L’apprentissage est majoritairement réalisé dans un centre de formation interne, mais aussi en situation professionnelle à l’aide de tuteurs.

Un cabinet conseil compte sur l’initiative de chacun pour développer ses savoirs et compétences. Il n’y a pas de plan de formation, chacun se déterminant pour suivre une formation, participer à un séminaire, compléter sa documentation. Par contre, les réunions d’équipe ménagent une place pour que chacun puisse partager avec le collectif ce qu’il a lu, remarqué, ou retenu d’un séminaire suivi à l’extérieur.

23. Pôle  Projet-reconnaissance

Il vient compléter les deux autres pôles pour boucler le processus d’acquisition des compétences. Nous pensons que ce pôle est indispensable à deux titres :

  • C’est l’endroit et le moment où se construit le sens de l’apprentissage (mise en projet). Au sein d’une organisation, c’est  le moment du questionnement sur le rapport au savoir de l’individu dans l’absolu, mais aussi dans la perspective d’un usage au sein de l’organisation considérée.
  • Mais c’est aussi le temps de la prise de conscience du caractère effectif et opératoire de son apprentissage, par le salarié lui-même mais aussi par les autres. Il est en effet essentiel que l’apprenant sache qu’il sait, sache qu’il peut utiliser ses acquisitions dans telle ou telle situation, mais également que les acteurs avec lesquels il interagit sachent qu’il possède ces savoirs.

Ce pôle nous parait devoir être distinct des deux autres car il représente un apprentissage en tant que tel (« je prends conscience que je sais » et son contraire), et les acteurs impliqués sont différents.

Pour illustrer la dynamique de ce pôle

Le fait de confier à un collaborateur, dont la maîtrise d’un certain nombre de savoirs et savoirs faire dans un domaine semble assurée, le soin d’exposer à ses collègues l’état d’une question lui permettra, dans un premier temps, de formaliser, d’abstraire l’essentiel de son savoir sur cette question et de prendre lui-même conscience du périmètre qu’il maîtrise. Au moment de l’exposé, ses pairs identifieront son savoir, l’identifieront comme sachant et donc comme point d’appui pour de futures collaborations. Dans un troisième temps, la réussite de son exposé et les commentaires complémentaires renforceront son sentiment de compétences.

Dans ce cas, il y a reconnaissance par les pairs, laquelle induit une prise de conscience de son savoir. La reconnaissance ne s’appuie pas sur un référentiel formel, ou tout au moins pas dans un premier temps. Son audience, après exposé, convient implicitement ou explicitement qu’il maîtrise bien son sujet et que l’on pourra s’appuyer sur lui.

Le travail vise toujours une production d’objets ou de services dans le monde extérieur et une recherche de production de soi dans le monde psychique. Pour prétendre satisfaire ces deux objectifs, l’intelligence singulièrement déployée par les sujets a besoin d’être rendue visible à autrui dans le double but d’assurer la coopération dans le travail et de soumettre sa façon de travailler au jugement d’autrui en vue d’avoir une reconnaissance de sa personne.  (Jobert, 2000)

Lors de l’entretien d’évaluation annuel, le responsable hiérarchique détaille les réussites de l’année de son collaborateur. C’est l’occasion d’instaurer un échange permettant de prendre conscience, de mettre des mots sur la maîtrise d’une nouvelle situation professionnelle, et d’expliciter le nouveau savoir, la nouvelle compétence acquise. A contrario, le partage d’un objectif non atteint, doit leur permettre de mettre à jour les éléments de contexte ou personnels (compétences) qui n’ont pas permis de réussir, de façon à trouver des pistes de remédiation (identification de situations professionnelles ou de problèmes plus simple à résoudre, accompagnement professionnel, plan de formation, …).

Dans le cadre d’un dispositif d’avancement promotionnel, un salarié candidat vient de suivre une formation de plusieurs mois. Il se présente à un comité de validation qui lui propose un poste de niveau cadre à l’issue d’une présentation de ses résultats, et des évaluations de ses formateurs.

Cet autre exemple illustre que le pôle évaluation-reconnaissance est non seulement en étroite relation avec le pôle acquisition de savoirs opérationnels, mais aussi acquisition de savoirs de référence. La réussite à des tests ou épreuves sommatives, dans ce cas, tient lieu de reconnaissance.

Dans la plus grande part des exemples mentionnés, la mise en projet  de l’apprenant, précède l’acquisition, qui précède la reconnaissance. De notre point de vue, reconnaissance et mise en projet procèdent de la même logique, des mêmes acteurs, et sont inséparables : il n’y a pas de reconnaissance sans mise en projet et réciproquement. Par ailleurs la mise en projet donne sens à l’apprentissage. Pour ces raisons, le pôle évaluation-reconnaissance sera nommé Projet-reconnaissance dans la suite de l’exposé.

L’équilibre entre les trois sommets n’est pas parfait. Une relation axée Apprenant – Evaluateur sera qualifiée de « Soutien », le rapport au référentiel d’évaluation étant secondaire. A titre d’exemple, il est possible de rencontrer ce type de pratiques, au cours d’un bilan de compétences ou d’une intervention de coaching, lors de phases de renforcement des capacités du consultant.

Une relation privilégiant l’axe Apprenant – Référentiel sera désignée « Auto-direction », dans la mesure où le médiateur Ressources Humaines est passif. Ce type de configuration correspond aux pratiques d’autoformation.

Une relation privilégiant l’axe Evaluateur – Référentiel sera qualifiée de « Mise en conformité », l’apprenant n’ayant d’autre choix que de se conformer strictement à un référentiel imposé, comme dans le cas des formations qualifiantes.

3. Chaque pôle réfère à un ancrage privilégié et un champ de pratiques

Chaque pôle correspond principalement à un point d’ancrage de l’apprentissage :

  • Pôle apprentissages des savoirs de référence (2) : le centre de formation (interne, ou externe) l’université d’entreprise, le réseau professionnel interne ou externe.
  • Pôle apprentissages opérationnels (1) : la situation de travail, l’équipe, le groupe d’échange de pratiques.
  • Pôle Projet et reconnaissance (3) : principalement l’entretien d’évaluation et de carrière, mais aussi l’équipe ou le cercle d’expert, ancrage de la reconnaissance par les pairs.

Dans le tableau ci-contre, nous avons mentionné des points d’ancrages qui nous semblaient apparentés aux points d’ancrage dominants, les pratiques qui y réfèrent et quelques exemples d’acquisitions.

Champs de pratiques

Si nous avons choisi de focaliser notre étude sur les systèmes d’apprentissage internes aux entreprises, il nous apparait essentiel de souligner que ces systèmes sont aussi ouverts sur l’extérieur, en interaction avec des acteurs externes ou en résonnance avec des références extérieures. Ainsi, l’apprentissage des savoirs opérationnels s’inscrit dans un espace des pratiques professionnelles ou des métiers. L’apprentissage des savoirs de référence s’inscrit dans le champ des métiers de la formation professionnelle. La mise en projet et la reconnaissance s’inscrivent dans l’espace des pratiques managériales et de gestion des ressources humaines, le champ de la reconnaissance des qualifications et des compétences et dans l’espace plus large du marché du travail.

Point d’ancragesPratiquesExemples
Apprentis-sages  des savoirs de référencevvvvvvCentre de formation interne, ou dispositif externe à pilotage interneProcessus qualité, Formations sécurité, évolution technologiqueAcquisition d’une nouvelle norme, usage d’une nouvelle technologie
Ressources externes: formations inter-entreprises, formations ouvertes et à distance, partenariatFormation qualifiante, changement de métier ou de poste, perfectionnement individuel Acquisition de méthodes métier, réglementation,…
Réseaux professionnels, groupes métier, conférences de consensusEchanges de savoirs, explicitation de savoirs professionnels partagés Stabilisation d’une procédure métier, état de l’art
Apprentis-sages des savoirs opérationn.Situations de travail, école d’application, organisation apprenante (ou qualifiante), simulationFormation sur le tas, formation alternée, tutorat, lectures, navigation sur internetTours de main, maîtrise du travail réel, intelligence des situations, management
Collectif de travail, chantier école,Intégration professionnelle, résolution de problème, amélioration de processus, échanges informels Repères culturels et identitaires, organisation informelle, savoirs en usage, savoirs répartis dans l’équipe
Réseaux professionnelsGroupes d’échange de pratiques, groupes de besoin, co-working Pratiques stabilisées, validées
 Projet, reconnais-sanceEntretien d’évaluation professionnelleEntretien annuel, guidance professionnelle au quotidienValidation compétences, prise de conscience de la maîtrise d’une situation professionnelle
 Entretien d’orientation professionnelleBilan de compétences et bilan professionnelPrise de conscience du caractère transposable de ses compétences ou des compétences à acquérir
 Accompagnement professionnelAccompagnement de parcours professionnel, mentorat, coachingTransposition de compétences transversale d’un contexte professionnel à un autre, changement de point de vue dans une organisation
Les points d’ancrage de l’apprentissage individuel  

Des pratiques élémentaires et complexes

Cette modélisation regroupe, de notre point de vue toutes les pratiques d’apprentissage individuel, qu’il soit formel ou informel.

Les pratiques que nous avons mentionnées dans le tableau ci-dessus réfèrent à un seul pôle ou champ de pratiques ; il s’agit d’apprentissages élémentaires.

Les apprentissages complexes mobilisent et combinent plusieurs pratiques complémentaires. Dans leur grande majorité, ils s’ancrent essentiellement sur deux pôles. A titre d’exemples (voir aussi le CH 26, les différentes formes d’apprentissage individuel) :

Pôles d’ancrageTypes de pratiques
Savoirs de référence et Projet-reconnaissanceFormations qualifiantes, formations prescrites par l’entreprise ou à caractère obligatoire
Savoirs de référence et Savoirs opérationnelsAutoformation : autodidaxie, autoformation sociale, autoformation cognitive
Savoirs opérationnels et projet-reconnaissanceMentorat, coaching, accompagnement professionnel

Certains apprentissages, enfin, combinent des pratiques élémentaires s’ancrant sur les trois pôles : formations en alternance, formations-action, actions d’accompagnement du changement. Ces pratiques sont moins fréquentes et plus difficiles à mettre en place, car le maintien de l’équilibre entre les trois pôles n’est pas aisé.

Acteurs

Le salarié-apprenant est au cœur du système. Il est l’acteur principal et le bénéficiaire de son apprentissage. Intégré, tour à tour, dans des situations d’apprentissage qui référent aux trois pôles, il interagit avec des acteurs que sont ses pairs, les formateurs, son encadrement qui peuvent jouer, alternativement et en fonction de l’organisation, les rôles de tuteur, de formateur, d’évaluateur

4. Les liaisons entre pôles permettent au système de fonctionner

Après avoir décrit les trois pôles de notre modèle, nous allons détailler ce qui les lie. En effet ces trois pôles ne peuvent coexister sans coordination, faute de quoi les apprentissages complexes (qui mobilisent plusieurs pratiques procédant de champs différents – voir ci-dessus) ne peuvent se réaliser ou sont dépendant de la capacité de chaque apprenant à combiner les apprentissages élémentaires. Lorsqu’une entreprise met en place un dispositif, elle veille à articuler plusieurs types d’apprentissage. A titre d’exemple, le concepteur d’une formation en alternance identifiera les savoirs qu’il est préférable d’acquérir à distance du travail, et en conséquence vérifiera, par un échange avec les futurs tuteurs, que les autres acquisitions peuvent être réalisées en situation de travail. Il y a bien échange d’informations entre les deux pôles.

Le tableau ci-contre présente les principaux flux d’information entre les pôles, deux à deux. Entre les pôles s’établissent deux flux de sens contraires, chacun étant, tour à tour, émetteur ou récepteur (voir colonne de gauche). Le contenu de ces flux est détaillé, selon que l’on se situe en phase conception, ou en phase mise en oeuvre d’une action d’apprentissage.

La variété et la richesse des flux d’information échangés illustrent bien l’importance que revêtent les relations entre pôles dans l’économie générale du système.

Sens des flux entre pôlesConception d’une action d’apprentissageMise en œuvre d’une l’action d’apprentissage
Projet (3) Savoirs de référence (2)Prescription des savoirs à apprendre Planification des acquisitionsPartage des enjeux pour mise en projet de l’apprenant et estimation de la motivation individuelle
Projet (3)  ►  Savoirs opérationnels (1)Choix de faire telle ou telle expérience pour développer un savoir opérationnel.Partage des enjeux professionnels pour mise en projet de l’apprenant et com. sur la motivation individuelle
Savoirs de référence (2)  ►  Projet (3)Eclairages sur l’organisation pédagogique, les savoirs enseignés, les possibilités d’évaluationCommunication du programme de la formation pour faciliter la mise en projet
Savoirs opéra-tionnels  (1)  ►  Projet (3)Disponibilités et capacités des ressources pour les apprentissages en situationInformations sur le contexte organisationnel pouvant faciliter ou freiner la mise en projet
   
Savoirs référence (2) savoirs opérationnels (1Savoirs dont il faut organiser le transfert en situation professionnelleRégulation pédagogique : de type renforcer la mise en pratique de tel ou tel savoir
Savoirs opérat. (1) savoirs de référence (2)En fonction des savoirs acquis de façon habituelle en situation, besoins de formation de savoirs de référenceAjustement des besoins d’apprentissage de savoirs de référence
   
Reconnaissance  (3) Savoir de réference (2)Exigences sur l’évaluation formativeRégulation sur projet/motivation intrinsèque en cours d’action
Reconnaissance  (3)Savoirs opération. (1)Diffusion, partage des référentiels  professionnelsRégulation sur projet/motivation professionnel en cours d’action
Savoirs de réf. (2) Reconnaissance (3)Modalités de l’évaluation formativeCommunication de l’évaluation formative vers N+1 pour régulation
Savoirs opéra. (1) Reconnaissance (3)Eléments pour la conception des référentiels d’évaluationInformations terrain permettant de compléter l’évaluation